Commentaire de Charles à l’Evangile du Vendredi Saint – Jn 18,1-19,42

Vendredi Saint

« Tout est consommé. »

Tout est consommé, parce que vous nous avez tout donné, votre humanité et votre divinité, pendant 33 ans d’existence, d’exemples et de leçons ; tout ce que vous êtes, dans la sainte Eucharistie ; votre sang dans la passion, votre Mère du haut de la croix, dans un instant votre vie… Vous nous avez tout, tout donné… aussi tout est consommé : votre œuvre d’amour est achevée, vous avez aimé les hommes «jusqu’à la fin », jusqu’à la fin du possible dans l’Incarnation et la sainte Eucharistie, jusqu’à la fin de votre vie, jusqu’à la dernière goutte de votre sang… Ô Cœur de Jésus qui allez être percé pour nous, que vous nous aimez !

Aimons Jésus qui nous a tant aimés, qui a tant souffert pour notre bien, pour nous racheter et pour nous sanctifier (nous sanctifier en nous portant à l’aimer : et par la certitude de son amour pour nous prouver d’une manière si sanglante; et par l’entraînement à une vie de sacrifices et de souffrances, à laquelle nous attire l’exemple d’un Dieu et qui est nécessaire pour nous établir dans l’amour – car le sacrifice dispose à l’amour en vidant le cœur de l’affection de tout ce qui n’est pas Dieu seul, et il perfectionne l’amour en lui fournissant le moyen de donner, donner sans cesse au Bien-aimé, puisque les sacrifices ne sont qu’autant de dons, d’offrandes faites par l’épouse à l’Époux)… Aimons Jésus jusqu’à pouvoir dire aussi : « Tout est consommé »… Jusqu’à lui donner tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes : tous les instants de notre existence, en ne les employant, jusqu’au moindre, que pour lui seul, de la manière qui lui plaît le plus, de la manière LA PLUS PARFAITE, c’est-à-dire faisant toujours ce qu’il veut de nous, ce en quoi consiste pour nous, comme pour lui, la perfection : «Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais celle de celui qui m’a envoyé. » LE PLUS PARFAIT pour Jésus a été de faire à tout instant la volonté de Dieu ; le PLUS PARFAIT pour nous est aussi de faire à tout moment la volonté de Dieu… Le plus parfait, en effet, ne consiste pas dans telle ou telle œuvre extérieure, il consiste dans la perfection de l’amour, de l’amour vivant et non de l’amour mort, de l’amour produisant les œuvres de l’amour, et produisant une vie d’amour, et non de l’amour sans ses œuvres… Or, la première de toutes les œuvres de l’amour est l’obéissance, comme Notre Seigneur l’a montré par mille paroles et l’exemple de toute sa vie : « Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais celle de celui qui m’a envoyé. » « Celui-là m’aime qui observe mes commandements. » Celui qui obéit parfaitement à tout moment, aime parfaitement à tout moment ; celui qui obéit parfaitement à tout moment, fait donc LE PLUS PARFAIT à tout moment, puisque le plus parfait c’est ce en quoi il y a le parfait amour… En donnant tout ce que nous sommes, en nous consommant pour Jésus dans la parfaite obéissance de tous, tous les instants, consommons-nous aussi pour lui par les plus grands sacrifices et en embrassant de tout cœur et amoureusement ceux que sa main nous présente, et en accomplissant tous ceux que son Esprit nous inspire de faire et que la sainte obéissance nous permet de lui offrir [1].


[1] M/518, sur Jn 19,29-30, in C. de Foucauld, L’imitation du Bien-Aimé, Nouvelle Cité, Montrouge 1997, 279-281.